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 Quand les anges méritent de mourir (Partie I)

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Lamproie

Lamproie


Nombre de messages : 32
Localisation : Metz
Date d'inscription : 01/05/2005

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MessageSujet: Quand les anges méritent de mourir (Partie I)   Quand les anges méritent de mourir (Partie I) EmptyDim 29 Mai 2005 - 14:45

Je n’aime pas les journalistes, ou plutôt je n’aime pas ce que le public, la presse, la télé et la radio font de leur travail. Il arrive pourtant que dans leur quête de sensationnel certains reporters attirent notre attention sur un évènement authentique, un évènement d’une réelle signification. On trouve encore des journalistes qui exercent leur métier avec sérieux. Toutefois, même ceux-là souffrent d’une maladie, une maladie que par paresse j’ai baptisée la ‘maladie du journaliste’, une maladie qui les pousse à se conduire en amants égoïstes. Quand les reporters repèrent une histoire, ils lui font la cour, ils la cajolent, la bichonnent, ils jurent de lui décrocher la ‘Une’. Ce n’est que lorsqu’ils ont obtenu d’elle ce qu’ils voulaient qu’ils abattent leurs cartes et abandonnent leur histoire sans un geste tendre ni un mot d’adieu. Les histoires naufragées, les histoires amères, c’est chez l’écrivain qu’elles courent se réfugier. L’écrivain, ou -dans mon cas- celui qui aspire à le devenir, ouvre grand les portes de son cœur, l’écrivain enroule un bras aimant autour de l’histoire, il la protège contre l’oubli [parce qu’une histoire ne meurt vraiment que du jour où on l’a oubliée]. L’histoire que je vous raconte n’est pas tout à fait morte. Il ne tient qu’à vous de lui offrir une seconde vie, au prix d’un peu de votre temps.
Avant de vous exposer cette histoire, je vais préciser quelque chose la concernant : tout le monde fait des erreurs. C’est bête. C’est vrai. C’est long une vie, très long. C’est très très long une vie, surtout si on la vit jusqu’au bout. Les occasions de faire des erreurs ne manquent pas. Sachez que je ne blâme pas les gens pour leurs erreurs. Des erreurs, il y en aura toujours, ce serait stupide de s’emporter contre elles. Des erreurs j’en commets, peut être rien qu’en écrivant ces lignes. Mon histoire, celle que je dois rapporter, votre histoire, celle que je vous ai annoncée, cette histoire n’est pas celle d’une erreur. Oubliez l’erreur, oubliez l’accident qui en est à l’origine. Pfuit ! Ce n’est ni l’histoire d’une erreur, ni celle d’une maladresse. C’est l’histoire de la manière dont les gens assument leurs erreurs, la manière dont les gens assument leurs maladresses et de comment ils paient pour elles. On ne peut changer le passé mais on peut lui faire face sans baisser les yeux, sans se tordre dans ses souliers.
Cette histoire est celle d’un enfant.
Imaginez un enfant dans une église, un enfant qui examine les vitraux, qui détaille les anges, les rois et les saints. Perdus dans la masse des fidèles ce garçon imite leurs gestes, il prête sa voix à celles des croyants pour la prière. Son corps se fond dans l’assistance mais ses pensées vagabondent. En esprit, cet adolescent erre sur une plage. Son regard ne s’attarde plus sur les anges, sur les rois ou sur les saints, ses yeux ne glissent plus sur les vitraux. L’enfant contemple l’azur des flots. Il se demande s’il reverra la mer un jour. Il se demande s’il aura le courage d’y retourner autrement qu’en rêve. Il espère que oui car il retrouve dans la mer une vérité brute et simple, pas une vérité en demie teinte, une vérité amputée comme celle des adultes mais une vérité d’enfant, rayonnante et entière. L’enfant recherche la vérité en lui-même parce qu’il se sent abandonné. Autour de lui c’est le mensonge que l’on célèbre.
Cet adolescent [mais que sont les adolescent sinon des enfants prisonniers d’un corps étranger], cet adolescent ne se sens pas l’âme en paix. Ni les murs de l’église ni le toit de la maison du Seigneur ne l’abritent d’un sentiment inquiétant. Ce garçon se sent seul. Il pense que le maître des lieux s’est absenté. Il pense que Dieu s’est enfuit, qu’il s’est réfugié quelque part, qu’il s’est réfugié sur une plage comme lui, qu’il s’est réfugié le temps de cette cérémonie comme on quitte un cinéma quand le film vous dérange. En ce 28 juillet 1998, la lumière qui pénètre les vitraux n’est pas de la vraie lumière. Ce n’est que le spectre de la lumière du dehors. Cent soleils ne pourraient éclairer cette chapelle. C’est le jour des obsèques. Aujourd’hui on dit adieu à des enfants. Ce gamin observe les parents des petites victimes. Les papas se tiennent droits. Leurs muscles d’hommes se contractent comme sous le poids d’une charge écrasante. Un fardeau tente de plier leurs nuques raides. Toute cette masse, toute cette lourdeur prête à les broyer, tout ce poids les oblige à rester droits. Si les papas venaient à relâcher leurs efforts, s’ils venaient à baisser juste un peu leur garde, s’ils venaient seulement à rompre l’alignement parfait de leurs têtes, de leurs épaules et de leurs vertèbres, alors tout la pesanteur qui les accable les clouerait au sol. Un seul faux mouvement suffirait pour que leurs squelettes s’écroulent tels des châteaux de cartes.
Les papas s’efforcent de porter leur peine sur leurs épaules, les mamans s’efforcent de cacher leur peine derrière leurs paupières, toutefois de la peine il y en a trop. La douleur traverse le barrage de leurs paupières, goutte de leurs yeux et inonde leurs visages, les mamans pleurent. Les papas, c’est différent, ce gamin l’a bien compris. Au-delà de la souffrance, il y a autre chose qui flotte autour des papas, il y a plus. Pour l’instant ce ‘plus’, cette ‘autre chose’ n’est pas encore visible, ce garçon ne peut qu’en deviner la présence, telle une ombre qui planerait au dessus de leurs silhouettes abattues. Juste une ombre, une impression que cet enfant éprouve sans la comprendre. Un mot du prêtre suffit à détourner son attention.
C’est le Père B. qui dirige l’office. Les bras tendus vers le ciel, il invoque la volonté de Dieu. Il déclare qu’il existe des circonstances de la vie qu’on ne contrôle pas. Il enseigne aux familles qu’il faut savoir accepter ces circonstances. Plusieurs dizaines de fidèles, la mine sévère, opinent du chef à ses paroles. Depuis le fond de la salle, cette marée de crânes résignés évoque une vague de désespoir, une lame de fatalisme balayant les consciences, fouettant les raisons, forçant la colère et l’indignation sous le joug d’une foi aveugle. Le curé s’apprête à laisser la parole aux parents des victimes. Dans une dernière tirade, il dit des jeunes disparus que quand ils ont pris la mer, ils étaient des enfants, mais qu’ils ont affronté le naufrage avec le regard d'hommes catholiques, d'hommes de fer. Le Père B. affirme qu’ils sont morts heureux, en chantant et en priant. Puis les parents s’avancent vers la tribune. C’est le papa d’Antoine B. qui prend la parole. Il déclare que les enfants ont vécu ces heures épouvantables en héros, sans jamais penser à eux-mêmes mais en pensant toujours à sauver leur voisin. Ils priaient, ils chantaient, ils se réchauffaient les uns les autres. Le papa d’Antoine B. regrette seulement l’absence de l'Abbé C. pour les funérailles, car il sait que les enfants ont besoin de lui, qu’ils réclament sa présence, qu’ils gravent son nom sur le plafond de leurs petits cercueils, grattant le vernis, creusant le bois de leurs doigts froids et bouffis. Le papa d’Antoine B. ajoute que tous les fidèles en ce jour ont besoin d'un médecin de l'âme et qu’être privé de l’abbé en ces heures douloureuses est une peine peut-être encore plus dure que la perte des enfants. Personne ne bronche.
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