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 Quand les anges méritent de mourir (Partie II)

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Lamproie

Lamproie


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Localisation : Metz
Date d'inscription : 01/05/2005

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MessageSujet: Quand les anges méritent de mourir (Partie II)   Quand les anges méritent de mourir (Partie II) EmptyDim 29 Mai 2005 - 14:46

Revenons au garçon à présent, ce garçon dont je vous parle. Quelque chose a cédé en lui, quelque chose s’est déchiré et s’est mis à saigner. Il se demande ce qu’il faut aux gens pour qu’ils ouvrent les yeux. Il se demande ce qu’il faut puisque les vies de quatre scouts et d'un plaisancier n’y suffisent pas. Les vies de quatre scouts et d'un plaisancier ne pèsent pas lourd, pas assez pour faire ployer les dos d’un prêtre et de quatre pères de famille. Non pas assez pour faire ployer les dos de quatre pères quand bien même les quatre jeunes cadavres que l’on enterre seraient les cadavres de leurs enfants. Damien Lasnet-Delanty, 13 ans. Antoine Buchet, 13 ans. Antoine Gérard, 13 ans. Jean-Baptiste Pruvost, 16 ans. Guillaume Castanet, 31 ans. Qui doit-on blâmer pour leur mort ? Dieu ? Ses voies sont impénétrables. A qui doit-on s’en prendre alors ? A la mer ? Aux flots qui ont englouti cette caravelle, partie seule de Port Béni pour rallier Perros-Guirec, cette caravelle avec à son bord sept adolescents ? A qui doit-on s’en prendre, alors qu’aucun moniteur qu’aucun marin ne les accompagnait ? En son for intérieur, le garçon mesure combien la mer est innocente. La mer est innocente, elle n’a rien pris que les hommes ne lui aient offert.
Le Père B. reprend la parole et le garçon transpire. Le curé invoque une fois encore la volonté du Seigneur et l’enfant serre le poing. Le prêtre annonce que la volonté de Dieu a été faite et l’adolescent voudrait hurler de quel Dieu ! De quel Dieu la volonté a été faite ?! Puis le gamin comprend, il réalise que dans la bouche du prêtre, ‘Dieu’ désigne le fruit du hasard et de la bêtise. Le garçon examine le curé. Il remarque le filet de sueur sur ses tempes. Il lit la peur dissimulée derrière l’encre de son texte. Il découvre à présent l’ombre qui guette dans son dos, l’ombre qui lit par-dessus son épaule, l’ombre qui se nourrit de la peur cachée dans son texte. On ne souille pas la mémoire des morts impunément. Le gamin voit à présent. Le gamin sait à présent. Autour de lui, le voile des apparences se décompose, le monde des illusions se désagrège. Les perspectives se tordent, tout devient sombre, obscur, et cet obscurcissement s’insinue jusque dans l’âme des choses. Les contours de l’église s’estompent. Les vitraux explosent, les anges tombent, les rois, les saints, tout craque, tout se brise. Tous ces éléments se dissocient, s’agitent, tournoient, tous ces éléments, toutes ces couleurs se mélangent et composent un nouveau tableau, un autre lieu. L’adolescent est au centre de cet autre lieu, l’enfant est au milieu du tribunal funèbre qui s’assemble, au centre de la cour de justice macabre qui grandit sous ses yeux. Sur le banc des accusés, le gamin discerne les papas parlant au nom de leurs enfants, le curé parlant au nom du Seigneur. Tous coupables ! Tous coupables : le prêtre élevant le fatalisme au rang de vertu, les parents acceptant la mort de leurs enfants. Tous coupables ! Tous coupables : le curé qui décrit sept petits naufragés chantant devant une mer démontée, les parents qui chérissent l’image de leurs enfants chantant face à la mort. Combien de victimes leur faudra t’il encore ?! Tous coupables ! Tous coupables car tous ont oublié le plus important : ces enfants n’appartiennent à personne. Ce ne sont pas des chiens que quelqu’un aurait écrasés ! Ce ne sont pas des poissons dont quelqu’un aurait cassé le bocal ! Ce sont des enfants, juste des enfants, rien que des enfants qu’on a envoyés à la mort. Aucun de ces enfants ne souhaitait mourir. Personne ne peut excuser les responsables à leur place.
L’hallucination n’en finit plus. L’enfant voit le Père B. quitter le box des inculpés. Le curé est vêtu d’une robe noire ourlée de blanc, une robe de laine fine rehaussée d’hermine, une somptueuse robe d’avocat. Le prêtre est paré de sa foi, il s’abrite derrière elle. Sûr d’être dans son bon droit, certain d’être innocenté, convaincu de pouvoir se disculper lui et ses ouailles, le curé puise dans la Bible les passages qui lui conviennent comme un avocat citerait des articles de loi pour appuyer une plaidoirie. Lorsque le prêtre a finit toutefois, ce n’est pas un silence religieux qui accueille son sermon. Pas cette fois. Cette fois, à peine le dernier mot, à peine la dernière phrase vide trébuche t’elle sur ses lèvres qu’une horrible clameur retentit, une clameur où la haine se mêle à l’indignation. Ce cri déchirant remet le curé à sa place. Ce cri déchirant provient du banc de l’accusation. Le garçon n’ose regarder ce qui se trouve sur ce banc. L’enfant n’ose regarder ce qui repose sur ce banc mais il sent des regards posés sur lui. Cela suffit à le faire hurler. Il hurle.
L’adolescent se réveille dans l’église. Le service funéraire continue. Personne ne lui prête attention, personne n’a remarqué sa bouche béante, sa bouche ouverte sur un cri silencieux. Le garçon écarquille les yeux comme au sortir d’un mauvais rêve. Il détaille de nouveau les silhouettes si droites des pères de famille, le port altier du prêtre. Il regarde tout cela avec des yeux neufs, les yeux de quelqu’un qui s’est aventuré au-delà de l’apparente légèreté des choses. L’enfant voit, l’enfant comprend à présent. Il comprend qu’on ne souille pas impunément la mémoire des morts. Il le comprend lorsqu’il distingue enfin ce qui écrase les épaules des papas, lorsqu’il distingue ce qui oppresse la poitrine du curé. Il le comprend lorsqu’il découvre enfin qui écrase les épaules des papas, lorsqu’il découvre qui oppresse la poitrine du curé. Il comprend tout lorsqu’il aperçoit les spectres de ses camarades planer dans l’ombre de leurs parents, lorsqu’il aperçoit le spectre du plaisancier planer dans l’ombre du curé. Il observe leurs ailes liquides, leurs ailes d’eau de mer, leurs ailes faites de plumes d’océan battre dans leur dos, battre comme si elles brassaient non l’air de la surface mais l’eau des profondeurs. Leurs bouches ne s’ouvrent sur aucun mot, leurs bouches ne s’ouvrent que sur des gargouillis. Les mots, leurs propres parents les ont ôtés de leurs bouches. Leurs bouches, la mer les a remplies d’écume. Leurs regards, car c’est tout ce qu’on leur a laissé, leurs regards ne sont pas tournés vers Dieu. Leurs regards sont tournés vers leurs tourmenteurs, vers leurs parents et vers le prêtre. Ce sont des regards humides, lourds comme des nuages chargés de pluie, sombres comme le fond de la mer. C’en est trop pour l’adolescent. Le garçon se précipite hors de l’église.
Après une demi-heure de cérémonie, il se précipite au dehors, jetant à terre sa chemise à écusson tricolore marquée du Sacré-cœur, foulant du pied son bâchi de marin. Autour de lui on s’attroupe, autour de lui on se groupe et bien vite on l’encadre et on le ramène à l’intérieur en lui intimant le silence. Ainsi tue t’on la vérité chaque jour, en lui intimant le silence. N’oubliez pas ces enfants, n’oubliez pas leur histoire. Les juges et les procureurs ne feront rien pour leur mémoire que l’on salit, ils désigneront seulement un coupable pour les corps que l’on enterre. Vous pouvez leur rendre justice : racontez leur histoire, racontez la à qui veut l’entendre, pour eux, pour vous, pour tous les enfants, ne laissez personne oublier.
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MessageSujet: Re: Quand les anges méritent de mourir (Partie II)   Quand les anges méritent de mourir (Partie II) EmptyVen 29 Juil 2005 - 14:30

......Eschyle, oû etais-tu donc passé? salut
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